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samedi 4 juin 2016

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Un espoir pour le monde

Ces derniers siècles, notre humanité a exploré deux grandes pistes pour réussir à vivre ensemble : la droite et la gauche.

La première dit : si je m’occupe bien de mon prochain, de mon entourage proche, les 150 personnes de Dunbar, et que tout le monde fait pareil, de proche en proche, on devrait avoir la paix sociale. La limite est assez évidente : ces 150 sont de ma religion, ma couleur de peau, ma région, mon niveau social … si bien qu’il est difficile en fait de faire coexister tout ce monde.

La seconde dit : non, il faut arriver à se regrouper à l’échelle de la nation, 10 millions, 60 millions de personnes, et arriver, pour vivre ensemble, à se coordonner pour faire émerger une direction commune. La limite, cette fois, est qu’il est bien difficile d’empathiser avec 60 millions de personnes, et donc d’accepter de transiger pour elle, pour ce fameux “bien commun”.



Quoi de pire : trouver des idiots dans votre camp ou des gens bien de l’autre côté ?
En fait, il semble que ce seuil de 150 personnes soit lié à la taille de notre Néocortex, donc une limite physique de notre cerveau.

“Mais moi, j’ai 2 000 amis sur Facebook” me direz-vous. Oui, mais si je vous demandais de les lister, de tête, combien en resterait-il ? Et de fait, vous serez surement d’accord avec moi pour dire que ces 2 000 ne sont pas tous vraiment vos amis. Il y a des relations, des connaissances, même parfois des quasi-inconnus. Alors, comment qualifier ces 1 850 ? Si “ami” est abusif, comment les appeler ? L’expression “Ami Facebook”, “Ami au sens Facebook du terme”, semble se populariser. En tout cas, ce ne sont pas des inconnus complets. Vous pouvez voir un bout de leur vie, qui sont leurs proches, où ils vivent, plus ou moins plein d’autres choses. Si vous deviez choisir entre prêter 100€ à un tel “ami Facebook”, ou à un étranger complet, le premier aurait sans doute vos faveurs, il est plus facile à retrouver.
Vous voyez ce que je veux dire ?
Si l’on classe toutes ces personnes en fonction de votre niveau de connivence, on obtient une courbe décroissante, un dégradé progressif de confiance. C’est un phénomène bien connu du monde numérique, la Longue Traine (“long tail” en anglais). De façon similaire, Amazon a en référence 150 best-sellers vendus à des millions d’exemplaires, puis des millions de livres vendus à 150 exemplaires, lesquels n’auraient pour la plupart, jamais eu la chance d’exister avant l’ère numérique. Et les quelques-uns qui auraient été imprimés, seraient considérés comme des bides, des échecs, des erreurs.

Nous développons donc tous une “longue traine” d’amis, une population de plusieurs milliers de personnes que l’on connait à des degrés divers mais jamais intense. On les appelle parfois nos “liens faibles”, ou notre second cercle.
Illustration : Mai Lan
Par leur quantité et leur variété, ces liens faibles jouent un rôle crucial dans notre expérience en ligne. Par exemple :

  • un crowdfunding est un dispositif voué à collecter de l’argent auprès de ces liens faibles.
  • c’est en analysant ces liens faibles que les algorithmes arrivent à discerner notre profil et mieux nous cibler
  • ils sont à l’origine de ce phénomène appelé “sérendipité”, nom compliqué pour parler d’un heureux hasard (je retrouve mon copain de primaire 30 ans plus tard chez un client), qui en fait n’est plus tellement un hasard mais un effet statistique.

Mais alors puisque je n’ai pas, au quotidien, conscience de ces liens faibles, comment pourraient-ils influencer ma vie, mon comportement ? Imaginez-vous en train d’écrire un statut sur votre réseau social préféré. Au détour d’une analogie, vous commencez une blague d’un goût douteux sur, disons, les asiatiques. A ce moment précis, par le plus grand des hasards, vous vient à l’esprit le visage de votre ami chinois, cet ancien collègue qui vous avait accepté à l’époque .. Vous l’imaginez en train de lire ça, la tête qu’il va faire, sa réaction … et hum, vous vous dites que finalement elle n’est pas si spirituelle que ça, cette blague, et vous l’effacez. Et voilà, comment un lien faible peut remonter dans votre conscience et influencer votre comportement. Sans même qu’il le sache lui-même. Il est par ailleurs fort probable qu’il ne le lira jamais, votre statut, mais peut-être que si, vous ne savez pas, et vous ne pouvez pas savoir, et d’ailleurs, les écrits restent, il pourrait tomber dessus un jour futur, dans 1 an, qui sait :-) ?
Mieux vaut être chinois pour se moquer des chinois... et marrant de préférence !
On voit là une nouvelle forme d’expression émerger. Qui n’est pas de la correspondance privée comme la lettre papier on son équivalent électronique, le courriel, mais pas non plus de l’expression totalement publique. Une nouvelle forme dont notre cadre juridique actuel n’avait, pas prévu l’existence, comment l’aurait-il pu ? J’espère que nous saurons adapter la loi à la réalité promptement, plutôt que nous entêter à faire entrer au forceps ces nouvelles pratiques dans un cadre devenu désuet.
Ainsi il y aurait une sorte de processus cognitif qui saurait déjouer la limitation physique de notre pensée consciente, notre néocortex, pour nous permettre d’intégrer dans notre attitude au quotidien les 2000, les 3000 liens faibles. Et la grande différence c’est que dans les 3000, vous avez tout : toutes les confessions, toutes les ethnies, toutes les conditions humaines. Ce qui fait une grosse différence. Le regard cumulé, même si inconscient, de tous nos liens faibles, affecte notre expression, nos attitudes, notre comportement. Nous pouvons empathiser avec eux car nous imaginons leurs visages. Et ils nous offrent, ensemble, une appréhension plus fidèle de la société, l’écosystème qui nous entoure.

L’ère industrielle s’est appuyée pour se construire sur la seule pensée consciente, à l’origine de la construction rationnelle de notre société et de l’organisation scientifique du travail. Je crois que nous en avons atteint les limites, et que nous devons, pour aller plus loin, remettre à contribution d’autres zones de nos cerveaux, dont la capacité cognitive est tout à fait remarquable*. Et justement, les technologies numériques nous le permettent en nous apportant les moyens techniques pour entretenir notre relation avec nos liens faibles.

Je ne sais pas si l’homme est né bon, ou neutre, ou pas bon, mais j’ai la conviction que l’homme est un animal social, qui a besoin de se sentir en connexion avec ses pairs. Et qu’en accroissant la portée de nos connexions, au travers de plus de transparence et de permanence, le comportement de chacun va s’améliorer, au sens tendre vers une meilleure harmonie avec les autres.

Voilà d’où me vient mon optimisme pour le monde, qui me fait refuser d’accepter l’argument “qu’il y a toujours eu des guerres, donc il y en aura toujours”, qui me fait penser que maintenant, nous avons devant nous une opportunité qui n’a jamais existé avant. Non sans efforts et acceptations de nouvelles façon de vivre, j’en suis conscient !

*Lire à ce sujet l’excellent “Blink” de Malcom Gladwell qui regorge d’histoires à peine croyables sur les capacités non conscientes de notre cerveau.
photo : Loïc Swiny
Pour aller plus loin, je vous propose d’explorer 3 autres pistes :
Mais si vous voulez changer de sujet, allez donc voir la liste complète des questions ouvertes sur Curious.so !

mercredi 23 mars 2016

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Un site web ? Très bien. Mais vous ne voudriez pas plutôt une communauté engagée ?

Chers tous,

A la fin de notre réunion, j'ai beaucoup apprécié le tour de table de feedbacks. Je reste néanmoins dans l'inconfort d'un léger sentiment de culpabilité de n'avoir pas pu/osé vous donner mon propre retour complet, alors j'ai pensé vous le faire présentement, par écrit.

En tant qu'association, que groupe social déjà formé, votre communauté existe déjà. Il semble même que la ou les cause(s) qui la font vivre sont clairement conscientisées voire identifiées. La création d'un outil pour la supporter peut être vue comme visant à la faire vivre dans le monde numérique, (donc de la "créer" sur internet), mais au final il s'agit surtout de la renforcer dans ces autres mondes intangibles que sont les coeurs et les esprits de ses membres. Les critères de succès à rechercher sont donc plus des symptômes de l'engagement (nombre d'interactions, intensité de ces interactions) que dans un périmètre fonctionnel (nombre et complexité des fonctionnalités livrées).

Pour faire réussir un projet de renforcement d'une communauté par le numérique, il est fortement avisé d'avoir soit dans l'équipe, soit dans l'accompagnement de votre équipe des personnes versées dans la gestion des communautés augmentées par le numérique. Une bonne indication serait qu'ils aient un score Klout supérieur à 50 par exemple. Ou quelqu'un qui sache expliquer pourquoi Klout c'est pas bien via sa propre théorie de l'engagement. Je vous invite à identifier cet expert qui va pouvoir vous faire bénéficier de son expérience dans les relations sociales en ligne.

Il est également important d'identifier un "champion" de votre cause, la personne engagée dont on sent qu'elle a un investissement personnel fort dans la cause qui fédère la communauté. S'identifiant tellement à elle qu'elle se sent légitime pour parler en son nom. Le community management ce n'est pas un stagiaire qu'on recrute à postériori pour tweeter du contenu éditorial, c'est plutôt le coeur du réacteur, incarné par le premier militant qui a épuisé toutes les moyens possibles pour exécuter sa mission à la main, et qui rêve d'un outil pour pouvoir intensifier l'impact de son action.

Il ne faut pas forcément beaucoup de moyens pour démarrer un mouvement...

A défaut d'avoir ce "premier influenceur" (mais franchement il semble difficile de faire sans : quelle secte n'a pas de gourou ? Quelle organisation n'a pas de leader ? Quel mouvement n'a pas ses meneurs ?), si on a déjà un outil existant il est tentant d'aller voir les utilisateurs pour leur demander ce qu'ils en pensent et comment l'améliorer. Simplement attention dans ce cas à garder à l'esprit cette citation attribuée à Henry Ford : "Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient, ils m’auraient répondu des chevaux plus rapides". Car votre communauté, pleine de bonne volonté, essaie 1. de rester dans le sujet et donc si on leur montre un webzine, ils vont rester dans le cadre webzine 2. de vous faire "plaisir" en cherchant "la bonne réponse" et donc proposer des améliorations en incrément de l'existant. Ils vous disent "il faudrait plus de personnalisation". Ils pensent en fait : "Si il fallait rester dans le format webzine et faire un meilleur webzine, il faudrait plus de personnalisation". Et ils oublient de vous dire "De toute façon même une fois bien personnalisé, j'admettrai que c'est un bon webzine, mais je ne le lirai pas plus pour autant..." Certains promettent pourtant, très sincèrement sur le coup, qu'ils le liront ... ils auront beau jeu plus tard de dire que ce n'est pas encore assez bien personnalisé. Moi qui n'aime pas la télé, montrez moi une émission je peux vous suggérer plein d'idées pour l'améliorer : je ne regarderai pas plus la télé pour autant.

J'ai ressenti une certaine frustration face à mon incapacité à vous projeter dans un futur qui vous séduise. C'est malheureusement un travers typique des appels d'offres en aveugle. Le manque d'intimité avec votre projet ne nous permet pas de vous proposer en confiance une solution qui va créer l'engagement que vous recherchez dans votre communauté. Vous nous demandez si on sait faire de la plomberie, on vous a répondu que oui. Mais si vous vouliez une idée de design pour votre cuisine, il fallait nous inviter chez vous ! Car il nous faut voir les dimensions, les entrées de lumière, la circulation, l'agencement des pièces autour...

Par exemple, voici en vrac quelques idées d'apps toutes simples de vous pourriez proposer à votre communauté pour en renforcer la cohésion :

  1. "Joyeux anniversaire !" : une app qui aide chacun à se souvenir de qui c'est l'anniversaire aujourd'hui, et, en fonction de ma proximité avec cette personne, je me vois proposer un choix d'engagement possible allant de "passer outre" à "prendre rendez-vous" en passant par "laisser un petit message" et "envoyer un like".
  2. "Je suis dans ta ville" : quand je voyage disons à Pékin, l'app le détecte par géolocalisation, et me propose d'envoyer une notification à tout ou partie des membres de la communauté déjà basés à Pékin.
  3. "Causons entre nous" : une application de chat propriétaire pour la communauté, dans laquelle ils se sentiront plus en intimité qu'avec les outils publics à la confidentialité douteuse. Tous les profils sont authentifiés, pas d'anonymat. Le contrôle de la plateforme permet d'intégrer des fonctions avancées (par exemple créer des cagnottes pour se cotiser à cadeau commun..)
  4. "Le Majordome" : un "bot" avec lequel les membres de la communauté peuvent interagir en langage semi-naturel, via une plateforme de chat (potentiellement celle du point 3 mais pas forcément : il peut être présent sur plusieurs canaux). Il peut alors offrir des services de mise de relation, de recherche dans l'annuaire de la communauté, voire des services plus complexes de type conciergerie, avec au besoin une assistance par un opérateur humain.
La liste est loin d'être exhaustive... échange de bons plans, petites annonces, entraide... pour trouver les 2-3 services qu'il faut lancer en premier, il faut une connaissance de votre communauté dont je ne saurais me prévaloir. Et à ce titre, il faut prendre ces idées pour ce qu'elles sont : des exemples. Il faut remarquer également que l'appétence pour la plupart de ces idées peut très bien se tester sans écrire une seule ligne de code, en opérant le service à la main, à petite échelle, pour voir.

En guise de conclusion je citerais un penseur canadien, Cory Doctorow : "Content isn’t king. If I sent you to a desert island and gave you the choice of taking your friends or your movies, you would choose your friends…. If you chose your movies, we would call you a sociopath. Conversation is King, content is just something to talk about". Le contenu qui va fidéliser vos utilisateurs, c'est le contenu qui va leur fournir l'occasion de créer ou d'améliorer leurs connections à d'autres personnes physiques, en chair et en os, dans ou près de votre communauté, car il leur permet d'exprimer qui ils sont, ce qu'ils pensent, ou ce qu'ils aiment.


Et pour continuer la conversation, voici quelques articles récents pertinents dans ce contexte :

jeudi 19 novembre 2015

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Les bobos du canal

[NdDuc : J'ai à mon tour demandé à Philippe la permission de partager le texte de sa belle-fille Madeleine. Merci.]

Pierre, mon fils, Madeleine et leur deux filles habitent rue Beaurepaire, dans ce quartier vivant et coloré qui a été ensanglanté vendredi, alors que certains se souhaitaient Shabbat Shalom. Ils vivent en ce moment à Houston, Texas, d'où Madeleine nous a envoyé ce texte qui reflète leur désarroi, et le nôtre, la génération de leurs parents. Un texte sensible, fort et sobre, comme j'en ai peu lus après les massacres. Elle m'a autorisé à partager. 

"Cette fois c’était pour nous. Les bobos du canal.

Des gentils, les bobos, qui feraient pas de mal à une mouche. Z’ont même pas fait le service militaire, se sont jamais battu contre personne depuis le collège. Ils élèvent la voix quand ils s’engueulent dans les dîners, mais bon. Des journalistes, des sages-femmes, des musiciens, des graphistes, des chercheurs, des profs, des médecins, des serveurs de resto, des publicitaires, des travailleurs sociaux, des avocats, des artistes, des autoentrepreneurs sur le fil. Des financiers pleins de fric, mais tellement sympas. Des riches et des moins riches. Des de toutes les couleurs, souvent athées, mais pas que. Des mélangés. D’extrême gauche, pas beaucoup, de gauche plutôt, de droite, discrètement.

Y en a beaucoup parmi nous qui ne savent pas en quoi croire ; on nous a appris que ce qui compte c’est de comprendre. Alors on a un avis sur tout. On s’est renseigné, on a lu les bons articles, on écoute la radio, les blogs qui vont bien. On sait, on a une théorie. On a un esprit critique. On se laisse pas comme ça mener par le bout du nez, nous. Non, on est conscients, on est informés. On connaissait Trevidic avant tout le monde.

Mais ça n’empêche pas d’être victime. Et là on sait plus quoi faire. Le rapport qu’on a au combat, nous, c’est celui de l’histoire. De l’observation. On sait qu’il faut chercher les racines, on sait que c’est plus compliqué que ça.

On est une génération de principes. On a défilé mille fois contre le FN, contre le SIDA, contre les attentats, pour l’école publique, la santé pour tous, la liberté, la laïcité, la tolérance. Et après ? 

On est aussi la génération de l’impuissance et du vote utile.

A quoi croyons-nous ? En notre liberté, en notre insouciance. En la tolérance. En l’amour de l’autre, quel qu’il soit, même du petit con fanatique qui lit des horreurs sur internet et qui les croit. On est pacifistes. On veut garder le droit de faire des blagues pourries parce que c’est drôle. On veut pas d’un état policier. On veut pas parquer les islamistes radicaux dans des camps. On veut pas faire la guerre.

Mais en face, ils tuent. Et il nous faut le bruit des bombes pour se rendre compte qu’on ne sait pas se défendre. Que c’est même toute l’idée. C’est la République qui nous protège, pas besoin de se salir les mains. Mais qui la fait, la République ? Est-ce qu’ils y croient vraiment, ceux de nos copains qui font de la politique dans les grands partis ?

Alors, oui, il faut plus d’école, plus de justice, plus de république, plus de démocratie, moins d’armes, plus de moyens dans les prisons, pour s’attaquer au cœur du problème, mais on fait comment face à des types avec des Kalachnikov, là, maintenant ?

Et on va voter pour qui quand il faudra retourner voter ? Contre le FN, ça c'est sûr, on le fait depuis dix ans. Mais on va voter pour qui ?

J’ai même pas pu chanter la Marseillaise hier. C’est pas l’envie qui m’en manquait, sur le plan symbolique, j’avais un drapeau à la main, et la larme à l’œil, j’étais prête. Mais chanter « qu’un sang impur abreuve nos sillons » ? Je suis pas prête pour ça. On n’a pas joué aux soldats de plomb quand on était petits. On n’a pas regardé de défilés. Nos parents, ils nous ont fait écouter Le Déserteur, et Brassens, et Renaud. Et Brel qui gueulait Au suivant. La musique qui marche au pas, cela ne nous regarde pas. Je ne me reconnais pas dans cet hymne guerrier. Je n’ai jamais voulu voir tout ça.

Alors je pleure mes illusions perdues, je me demande que dire à mes enfants, et à quelle République croire pour les cinquante prochaines années. Pour qu’au moins si on envoie des obus et des blindés quelque part, on soit fiers de ce qu’on défend. Pour défendre un projet, et pas juste le statu quo. Parce que le statu quo il nous convient à nous, mais il ne tient plus debout.

Qui va réécrire la Marseillaise ? Qui va prendre la parole pour fédérer les gens qui comprennent plein de choses mais qui ne croient plus à rien ? Qui va nous forcer à nous bouger pour une politique d’aujourd’hui ? Qui va permettre aux musulmans de France d’exister dans le monde politique ? Qui va s’occuper des enfants de la République ? Et qui va prendre toutes ces décisions de fermeté contre les racines de tout ça ? Il paraît que c’est le pétrole le nerf de la guerre, l’argent des banques, et de l’armement. L’ennemi, c’est la finance, qu’y disait… Mais pour qui bossent les plus malins de ceux qui sortent des grands écoles françaises ?

Comment peut-on changer tout ça si on veut que rien ne change ?

Je suis la première empêtrée dans toutes mes contradictions.

Je crois de tout mon cœur - je sais - que les hommes sont faits pour s’aimer et se parler, pour se faire beaux et être fiers, pour vivre ensemble la tête haute, et essayer de construire quelque chose de meilleur. Mais ils font aussi la guerre depuis la nuit des temps pour défendre leurs intérêts, et c’est vite parti, à l’intérieur d’un pays comme à l’extérieur, surtout que chacun maintenant va vouloir se défendre. On a juste refusé de voir ça.

Maintenant que le mot est sur toutes les bouches, il est temps qu’on s’écoute et qu’on s’aide pour éviter le carnage. Il faut écouter ce que disent les gens qui ne votent plus, ou qui votent pour le FN, ce que disent les musulmans en France qui se sentent maltraités et se replient sur eux-mêmes, ce que disent les nouveaux arrivants qui ne comprennent pas la laïcité. Il ne suffit pas de leur dire en leur tapant sur l’épaule qu’ils se trompent sur les conclusions, que la France c’est pas ça, ou de trouver un autre ouvrier, un autre arabe, qui, lui, pense comme il faut, pour annuler leurs propos.

J’espère, j’espère trouver quelque chose de concret en quoi croire pour construire mon pays. Je suis désespérée de constater à quel point je ne sais pas le proposer moi-même. Mais c’est dans nos mains, quelque part, non ?"

Madeleine Cavet Blanchard

vendredi 13 novembre 2015

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L'Uberisation expliquée à mon chef

Un même système, obéissant aux mêmes lois, peut se comporter très différemment en fonction de l'échelle, car des phénomènes qui étaient auparavant masqués ne deviennent plus négligeables. Prenez de l'eau par exemple, dans un verre. La surface est lisse et plate. Pourtant, si vous en faites tomber une goutte sur la table, vous la verrez ronde et rebondie. L'univers n'a bien entendu pas changé entre temps, les lois de la physiques sont les mêmes. Simplement, cette incohérence s'explique par des forces capillaires qui empêchent la goutte de s'étaler complètement. Il en va de même pour l'économie.
Nous avons tous appris à jouer au marchand ou à la marchande étant petit. Une fois qu'on a compris le principe de l'argent, le fonctionnement du système économique traditionnel est très simple : il faut vendre des choses plus cher qu'elles ne nous coûtent, la différence entre les deux étant la valeur ajoutée que l'on a créée par son travail. Par exemple, j'achète un livre 5€, je le revends 8€, je fais 3€ de marge.
On étend facilement le concept à la notion de service. Par exemple je te présente un client, tu fais une vente grâce à moi, tu me donnes 1€ en échange, il te reste 2€ de marge. Ce service que je te rends a de la valeur pour toi, tu n'aurais pas pu trouver ce client tout seul, car c'est compliqué de trouver un client, ça prend du temps, il faut prospecter, négocier, bref échanger des informations et les traiter. C'est ce qu'on appelle le coût de transaction. Et c'est précisément ce qui est en train de chuter vertigineusement avec le développement du numérique.


Lorsque le coût de transaction s'effondre, avec les mêmes règles du marché, nous voyons apparaitre des phénomènes nouveaux entrer dans la danse. Nous voyons les flux non marchands (Connaissance, Confiance et Sentiment) devenir non-négligeables, grâce à la fluidité des échanges et la permanence de la donnée enregistrée. Voyons donc comment fonctionne ce phénomène qu'on appelle "uberisation" :

1. Tout d'abord, il vous faut une "Killer app"
C'est à dire un produit ou service que vous vendez pour quasiment rien, et que tout le monde s'arrache comme des petit pains. Par exemple Amazon vends ses livres à pertes, Google offre son service de recherche gratuitement, Apple a démarré en vendant des chansons à 1$. Pour Uber, le service de transport de personnes en intramuros est la killer app (eh oui, ce n'est que le début..).

2. Puis vous forgez une Alliance
Une fois que vous avez récolté ces millions, ces centaines de millions de Clients, vous leur proposez de sceller une alliance, c'est à dire un contrat de confiance réciproque. Collectivement, tous ces clients forment une Multitude, et vous, vous êtes devenu une Plateforme.

Voici les termes de l'alliance :
- Vous allez travailler pour moi, sans compensation financière
Sur Amazon on note les livre, sur Uber les chauffeurs. Mais parfois c'est implicite : même si vous n'écrivez pas de revue sur les livres, en observant votre comportement, votre panier, et votre liste de voeux, Amazon peut d'ores et déjà collecter énormément de choses sans que vous ayez aucunement le sentiment de travailler. Le temps que vous consacrez sur le site est pour votre bon plaisir. De même, le cas Google est intéressant : quand vous cliquez sur la troisième réponse de la page de résultat, vous informez implicitement Google que c'est la meilleure réponse pour vous, et toutes les personnes qui vous ressemblent auront alors ce lien-là en premier sur leur page de résultats.
- Vous allez me donner des informations personnelles
Tout votre comportement comme vu ci-dessus, mais aussi numéro de carte bancaire, civilité, informations familiales... tout est bon à prendre. Moins l'information est connue publiquement, plus elle aura de valeur. Apple a dépassé le milliard de numéros de cartes bancaires confiées avec autorisation de prélèvement.
- En échange je vous procure du confort, un meilleure qualité de vie. Faites-moi confiance. Je saurai vous trouver ce dont vous avez besoin. La voiture Uber sera toujours là sans attente, avec la petite bouteille d'eau, etc.


A noter que dans cette alliance, il n'y a pas de clause pécuniaire. Moi, plateforme, comme je vends ma killer app sans marge, je dois me débrouiller autrement pour gagner de l'argent, en monétisant toutes les informations personnelles collectées.
C'est évidemment très traumatisant pour les acteurs de l'économie traditionnelle, qui eux comptent sur la marge pour vivre.


3. Monétisation
Pour gagner sa vie, la Plateforme monnaye la confiance que la Multitude lui a accordée, qui est son bien le plus précieux. Elle va pour cela proposer à des tierces parties de vendre des choses à sa Multitude. Ces tiers ne sont pas des clients de la Plateforme, ni des fournisseurs. On les appelle des Sur-traitants. Chez Uber, les Surtraitants sont les chauffeurs. Chez Amazon, les boutiques en ligne qui utilisent la plateforme Amazon pour vendre leurs produits (les 2/3 des ventes faites sur Amazon ne sont pas faites par Amazon mais par un marchand en ligne qui utilise la Plateforme comme vitrine). Chez Apple, les Surtraitants font des applications qui sont vendues dans le iTunes Store.
La Plateforme ne choisit pas les Surtraitants, c'est eux qui décident, attirés par le potentiel de la Multitude, de la rejoindre. Par contre, la Plateforme se devant de protéger la confiance dont elle est dépositaire, elle fixe des règles du jeu assez strictes vis à vis de ses Surtraitants. Les règles bien respectées, tout le monde peut venir ! La Plateforme prend alors une commission sur les transactions entre les individus de la Multitude, et les Surtraitants. Les cas Uber Amazon Apple sont assez évidents. Pour Google c'est moins net car il y a un intermédiaire : les gens qui veulent que vous veniez visiter leur site (parce qu'ils ont un fer à repasser à vous vendre). Ceux-là payent à votre place, anticipant sur le bénéfice qu'ils feront en vous vendant le fer à repasser. Les Surtraitants sont tous les sites dont Google gère la publicité au travers du programme Adsense, et parmi lesquels Google Search n'est qu'un cas particulier.

6. Les rendements croissants
Une particularité du fonctionnement des Plateformes c'est que plus elles sont grosses, plus elles sont efficaces dans leur travail. Car pour faire la mise en relation Multitude <=> Surtraitant, d'une part plus ils sont nombreux et diversifiés, plus on a de chance de trouver un mariage, et d'autres part pour faire tourner des algorithmes d'apprentissage (de prédiction de demande par exemple), il faut du volume pour s'optimiser progressivement. Exactement comme votre filtre antispam arrive à trouver les mails qui vous intéressent, mais fait quelques erreurs de temps à autre. Ce sont des algorithmes statistiques, ils ne font que calculer des probabilités.
Du coup, le milieu des investisseurs est de plus en plus attentif à votre taille et à la croissance de votre activité (votre "traction" ), car inéluctablement, le plus gros étant le plus rapide, il ne fait que creuser son avance continûment, et s'établit in fine comme un monopole naturel de son marché.


7. La souveraineté des nations à l'ère numérique
Comme tout monopole, la plateforme peut alors dicter ses règles au marché (pas de frais de port pour les livres, bouteille d'eau obligatoire offerte dans les taxis, ...), et ce à l'échelle quasi-mondiale (hors Chine qui a ses propres Plateformes, et Corée du Nord qui n'a pas internet). Et ce, faisant fi des lois nationales : avec Amazon on peut acheter des souvenirs du 3ème Reich en France (ce qui est illégal) par exemple. Ce phénomène est d'autant plus inquiétant que les plateformes sont toutes à ce jour issues ou rachetées par des individus vivant dans la région de San Francisco, qui ne rendent que des comptes très limités à leurs actionnaires. Même le gouvernement américain et son régulateur ne sont pas en position de force face à eux. 
Lire à ce propos l'excellent article de Nicolas Colin sur Silicon Valley Politics.
8. Impact sur la vie privée
Comme nous l’avons vu, les Plateformes vivent d’un flux financier qui se crée grâce à un écart : celui entre la quantité de connaissance dont elles disposent sur nous, par rapport à ce qui est du domaine public (qu’on trouve en vous cherchant sur Google). Il faut qu’elles profitent de cet écart sans toutefois en abuser car trop en montrer pourrait être vécu comme une trahison par la Multitude. De plus, notre société allant vers de plus en plus de transparence, le niveau de connaissance disponible publiquement ne fait qu’augmenter. En conséquence, pour ne pas voir tarir leur source les Plateformes se doivent de pousser toujours plus loin la collecte de données personnelles, pour maintenir l’écart à un niveau suffisant pour pouvoir le monnayer.
Une manière simple de contrer le développement de ces monopoles serait de mettre toutes ses données personnelles en libre accès, mais bien entendu ce principe se heurte à notre besoin d’intimité.


9. Régulation à l'ère numérique
Des industries à rendements croissants, qui génèrent donc des monopoles naturels, cela existe depuis bien longtemps, ce sont les secteurs dits "à effet réseau" : telecom, distribution d'énergie, poste... On a su s'en accommoder soit en les nationalisant, soit par une forte régulation. Le défi auquel nous faisons face à l'ère numérique est que toutes les filières, à mesure qu'elles se transforment deviennent à "effet réseau"... La nationalisation massive n'étant pas une option en économie de marché, il reste le défi de la régulation qui doit se faire non plus à l'échelle du pays, mais à l'échelle de l'internet cad monde sauf Chine.


Retrouvez tous ces concepts et bien d'autres encore dans leur oeuvre originelle : "L'âge de la multitude" par Henri Verdier et Nicolas Colin.



samedi 10 octobre 2015

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Nous sommes de ceux qui n’arrivent plus à aller voter la tête haute.

Nous sommes de ceux qui n’arrivent plus à aller voter la tête haute.
Certains d’entre nous ne votent plus du tout, d’autres votent blanc, ceux qui votent encore le font par défaut, avec tristesse ou colère.
Nous nous sentons piégés par un système politique qui ne nous respecte pas, ne nous entend pas, et depuis quelques temps, nous dégoûte même par ses frasques, ses renoncements, ses promesses jamais tenues, ses mensonges, ses trahisons, son inhumanité.
Nous sommes multiples.
Nous sommes tous différents.
Nous ne sommes pas d’accord sur tout. Et c’est ça notre richesse. Nos expériences de vie montrent qu’il y a tant de chemins pour atteindre des résultats concrets.
Nous voulons expérimenter. Pas à pas.
Nous sommes en mouvement.
Nous avons arrêté de regarder vers le haut avec espoir. Il n’y a plus rien à attendre de ceux qui nous gouvernent. Nous en constatons l'échec, nous le disons sans haine, ni colère.
Et finalement, ils échouent les uns après les autres, car les règles datent des siècles passés, elles ne sont plus adaptées.
Nous ne voulons plus signer de chèque en blanc à des partis politiques.
Nous allons construire une offre politique qui ressemble au monde que nous dessinons jour après jour : libre, connecté, coopératif, interdépendant, concret.
Nous voulons que chacun de nos actes soit émancipateur pour nous tous.
Nous voulons prendre notre place à la table des décisions.
Nous voulons co-construire le monde tel que nous, les gens, l'aurons décidé.
Nous nous mettons en marche de manière collective, horizontale, débarrassée des quêtes de pouvoirs personnelles et des postures partisanes stériles.
Nous allons entrer à l’Assemblée Nationale.
En juin 2017.
Pas dans le poulailler, là où nous sommes parqués aujourd’hui, ou devant notre télé.
Non, nous allons entrer pour de vrai. Gagner des sièges, des circonscriptions.
> Nous voulons faire entrer la Démocratie dans l’ère de la multitude, de l’interdépendance, du partage et de la coopération.
> Nous développons des méthodes et des outils d’intelligence collective pour donner à tous les citoyens les capacités de s’approprier les enjeux, de se porter candidat, de proposer et de voter les lois.
> Nous expérimenterons ces nouvelles pratiques en faisant élire lors de l’élection législative de 2017 des volontaires formés et tirés au sort qui relaieront les décisions de leurs électeurs pendant 5 ans.
A plein de femmes et d’hommes, nous serons plus intelligents qu’un seul être humain. Surtout qu’il est prisonnier aujourd’hui à l’Assemblée des logiques de partis
Nos députés ne seront pas seuls face aux lobbies ou aux experts. La force du nombre leur permettra d'affronter la puissance de l'institution.
Emanation de leurs électeurs, députés aux milles visages, les nôtres; ils seront le prolongement de notre volonté individuelle.
Nous déciderons collectivement ce que le député votera.
Pas sur une loi.
Non, sur toutes les lois.
Pendant 5 ans. A chaque fois qu’un sujet nous passionnera.
A chaque fois qu’une loi heurtera nos libertés, nos valeurs, nos principes.
Plus jamais sans nous.
Cette idée, c’est essayer la « démocratie » au sens propre.
En 2017 nous entrons à l'Assemblée avec suffisamment de sièges pour pouvoir démarrer une expérience inédite.
Le monde se construit déjà avec nous. Où que nous soyons, nous avons déjà pris nos responsabilités. Dans nos vies professionnelles, associatives, dans nos familles, dans nos quartiers, nos immeubles, les conseils d’école, nous sommes déjà debout à donner le meilleur de nous-mêmes pour le bien commun.
Comme énormément de Français nous aimons la politique, nous aimons débattre, nous aimons participer, nous voulons faire quelque chose qui nous dépasse.
Dans le monde entier des mouvements naissent, répondant tous à la même soif de démocratie. Allemagne, Mexique, Argentine, Italie, Espagne, Islande, Grèce, Irlande, Canada, Tunisie et dans des villes et villages français.
Partout dans le monde des initiatives portent la volonté des Peuples à prendre leur place à la table des décisions.
Et nous, ici sommes-nous prêts ?

dimanche 27 septembre 2015

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La loi République Numérique

Déçu du système, vous trouvez que votre vote ne vaut plus rien ? Vous doutez de l'engagement du député censé vous représenter ? Avant d'être mauvaise langue, allez donc vérifier son activité... bref il n'empêche, Axelle Lemaire nous propose d'essayer autre chose : participer directement à l'élaboration du projet de loi, en toute transparence. Plus besoin d'avoir fait l'ENA ou de s'acheter un cabinet de lobbying pour savoir ce qui se prépare ! Ni d'éplucher à la main les arides réglements européens que cette loi met en oeuvre.


Si ça marche, énorme barbarisation du système : imaginez une proposition de loi qui arrive au parlement avec déjà l'approbation de disons 2 millions de citoyens ...
"Salut alors voilà on a eu une idée, on vous propose de la voter, nous et nos 2 millions de copains... Bon faites comme vous voulez hein mais à votre place je les énerverais pas trop, surtout que les 50 députés que je vois là dans la salle vous devez royalement peser 200 000 votes tout cumulé, alors bon, j'dis ça j'dis rien.."

Mais de quoi elle va parler, cette loi ?
Pour ceux qui se demandent de quel périmètre on parle avec ce projet de loi "République numérique" (qui a vachement plus de gueule que "Loi Lemaire", il faut bien le dire. #noego)
Le présent projet de loi comporte plusieurs dispositions [..] selon trois axes :
1. Favoriser la circulation des données et du savoir :
 - renforcer et élargir l’ouverture des données publiques engagée par l’Etat et les collectivités territoriales depuis plusieurs années ;
 - créer un service public de la donnée ;
 - introduire la notion de données d’intérêt général, pour optimiser l’utilisation des données aux fins de l’intérêt public ;
 - développer l’économie du savoir ;
A noter en particulier la définition de "données d’intérêt général" :  la loi doit veiller à éviter la prédation des données publiques par une petite poignée de plateformes (regard appuyé vers la Californie..). Par exemple imaginez que l'IGN partage toutes ses cartes en open data. Google les pioche, les met dans son app, merci aurevoir. Ensuite comme Google a non seulement des voitures mais surtout une alliance avec la multitude qui enrichit et corrige les données, rapidement l'IGN se retrouve désuette et n'aura servi que de marchepied pour faire gagner du temps à Google :-(. Ceci n'est pas une fiction.
2. œuvrer pour la protection des individus dans la société du numérique :
 - favoriser un environnement ouvert en affirmant le principe de neutralité des réseaux et de portabilité des données ;
 - établir un principe de loyauté des plateformes de services numériques
 - introduire de nouveaux droits pour les individus dans le monde numérique, en matière de données personnelles et d’accès aux services numériques ;
A noter ici la "loyauté des plateformes" : devenues des monopoles naturels grâce à l'effet réseau qui favorise les plus grands, les plate-formes peuvent écraser les lois nationales. Ah, et aussi manipuler nos opinions et nos comportements. Bon le souci c'est que bien sur on est dans écosystème mondialisé et qu'on n'a pas tellement de levier sur la petite poignée d'individus qui les contrôlent (deuxième regard appuyé...).
3. garantir l’accès au numérique pour tous :
 - en favorisant l’accessibilité aux services numériques publics ;
 - en facilitant l’accès au numérique par les personnes handicapées.
 - en maintenant la connexion internet pour les personnes les plus démunies
Là il faut expliquer à nos chers FAI (fournisseurs d'accès à Internet) que l'accès universel n'est pas une option. La question c'est juste est-ce que c'est eux qui vont le faire, ou est-ce qu'ils vont laisser d'autres gens (regardés avec appui) le fournir avec des ballons, des drones, des fibres posées à leur frais, la techno BeBound, ou que sais-je. En tout cas ça serait bien de ne pas se taper la honte de passer en quelques années derrière tous les pays émergents en terme d'accès au net (qui eux auront accueilli les ballons à bras ouverts).

Hum ça m'a l'air bien ficelé tout ça. Qu'est-ce qu'il reste à faire ?
Alors bien sur on sait qu'on a des réglement européens à transcrire en loi locale, et on sait déjà ce qu'on veut mettre dans la loi, alors à quoi rime l'exercice ? Et bien le diable est dans les détails. Par exemple : la loyauté des plateformes doit-elle être une simple obligation d'information ou faut-il aller plus loin ? Dans le premier cas quid des plateformes qui ne sont pas visibles par l'utilisateur (comme Criteo par exemple). Et l'obligation d'information concerne-t-elle la simple existence d'un lien commercial ("j'ai été payé pour te recommander ce produit") ou plus comme l'information que la plateforme a sur moi et les intérêts indirects ("Je te recommande cet hotel familial car je sais que tu as des enfants et je connais ton budget ; cet hotel ne me paye pas mais toutes les compagnies aériennes qui vont dans ce pays me payent").

Oui mais à quoi ça sert que je m'en mêle ?
Bon ok, vous n'avez pas forcément envie de vous plonger là-dedans, il y a des experts pour ça. C'est un peu comme pour le vote au fond, on n'a pas trop envie d'y aller parce qu'on sait pas trop ce que les candidats vont faire, les programmes sont nébuleux, la mauvaise foi prégnante, ça prendrait trop de temps de se renseigner en détail et puis tout vérifier c'est un vrai boulot mine de rien. Bah oui, c'est le jeu de la démocratie. Et c'est vrai qu'avant voxe.org, c'était vraiment compliqué.

Donc faut y aller. Il faut se connecter (facile, y'a un Facebook login !), et cliquer sur les articles qui vous paraissent important : neutralité du net, loyauté des plateformes, service universel, ouverture des données, mort numérique ... En exprimant votre soutien (ou pas) à chaque article, même si vous ne l'avez pas lu, vous exprimez l'importance que vous lui accordez, et ça, ça n'est pas anodin. Même sans écrire un seul mot, par votre "like" par cette mise en relief, vous participerez à écrire la loi !

C'est quand même un peu aride tout ça...
Oui pour aller plus loin, c'est sur, je vous recommande de vous en remettre à un expert. Mais pas n'importe quel expert non, quelqu'un que vous connaissez, en qui vous avez confiance. Peut-être qu'il ne passe pas à la télé mais vous, vous savez qu'il a la tête sur les épaules, et en plus, le fin du fin, il vous répondra si vous avez une question. Cet expert, c'est votre ami Facebook qui a déjà voté ! C'est ce qu'on appelle le filtre social :
1. Vous allez sur la plateforme voir la liste des participants
2. Trouvez quelqu'un que vous connaissez
3. Regardez son activité, les arguments qu'il a laissé, ses votes.
4. Si un sujet vous interpelle, vous pouvez remonter à l'article et exprimer votre vote, puis revenir à la page de votre ami.
5. Si vous voulez faire un "supervote" parce que l'article vous semble mériter de l'attention, ajoutez un "argument" de sorte que les gens qui viendront voir votre profil pourront à leur tour constater que vous lui attachez une importance particulière.
6. Niveau ultime : vous pouvez même partager un article sur votre Facebook.
7. Revenez dans 1 semaine, d'autres amis seront passés !

Essayez vous allez voir, vous allez découvrir les opinions de vos amis, je suis sur qu'il y aura des surprises, des discussions passionantes, vous les connaitrez un peu mieux, vous serez un peu plus proches, et ça, c'est du bonus, rien que pour vous !


Pour plus de détails :
En 9 dessins dont un burger
Article Numerama 
Projet de loi numérique : une méthode inédite - vidéo dailymotion

lundi 29 juin 2015

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Le Bitcoin expliqué à mon chef

Comment fabrique-t-on une monnaie que l'on peut s'échanger de par le monde entre personnes qui ne se connaissent pas, sans avoir besoin de se faire confiance ? Voici une petite explication niveau seconde, avec, si vous tenez bien le coup jusqu'au bout, une petite surprise à la fin ! 

Le point de départ est très simple : tous les bitcoins sont numérotés, et on note toutes les transactions dans un seul grand fichier, comme un énorme Grand Livre qui serait commun à tous les acteurs : "le portefeuille ABC donne le bitcoin #123 au portefeuille DEF". Ce Grand Livre fait actuellement 35Go environ, et il se balade sur la toile, n'importe qui peut se le procurer, et grâce à cela retrouver l'historique de TOUS les transferts de bitcoin depuis la création de la monnaie. On l'appelle la blockchain, tout simplement car les transactions sont regroupées par blocs.
Evolution de la taille de la blockchain
Pour effectuer un paiement, il me suffit d'ajouter une ligne à ce Grand Livre. Puisque l'on peut remonter à l'origine des temps, il est très facile en suivant les différents changements de main du bitcoin #123, de savoir si ABC le possède bien au moment de la transaction. En fait, on sait exactement dans quel portefeuille se trouve chaque bitcoin à tout moment.

Pour effectuer ma transaction, je contacte donc n'importe quel ordinateur du réseau, qui déclare posséder un Grand Livre, et je lui demande d'ajouter ma transaction. Il l'ajoute, puis se charge alors d'aller informer toutes les autres machines déclarant posséder un Grand Livre aussi, pour que toutes se mettent à jour.

Jusqu'ici tout va bien. Il me faut juste un "mot de passe" pour indiquer que je suis bien le possesseur du bitcoin #123 au moment de ma transaction, histoire d'empêcher quelqu'un de prétendre le posséder et le dépenser à ma place.

Tous les serveurs possédant le Grand Livre passent donc leur temps à s'envoyer les uns les autres les transactions qu'on leur a demandé d'enregistrer. Mais tous ceux qui possèdent un smartphone savent que la synchronisation est un défi de taille. Que faire si deux serveurs ont enregistré des transactions contradictoires ?
Par exemple, si j'ai indiqué à un serveur à Paris que je donnais le btc#123 à Alice, et au même moment un serveur à Tokyo déclare que je donne le même btc#123 à Bob ? À qui donner raison ?
Surtout que derrière, Alice et Bob auront peut-être donné le btc#123 à d'autres, puis à d'autres... plus les transactions s'accumulent et plus c'est compliqué de détricoter tout cela ! Du coup, le choix qui a été fait pour arbitrer ces problèmes est de conserver la chaîne la plus longue. On résoud ainsi le problème du btc#123 en doublon !

On a éliminé le doublon, soit. Mais comment sait-on qu'on a éliminé la transaction illicite ? Car il suffirait à un opérateur malhonnête de créer artificiellement une suite de transactions très très grande pour imposer sa propre chaîne ! Eh bien il suffit d'imposer une temporisation forcée entre deux transactions. Disons une dizaine de minutes.
Le temps de validation d'une transaction ? Environ 8 minutes !
Mais comment forcer les gens à attendre ? On ne peut pas se contenter bien sur d'une déclaration sur l'honneur. On va demander aux gens de prouver qu'ils ont bien attendu, en les occupant avec la résolution d'un calcul mathématique. Imaginons qu'on souhaite ajouter à la chaine la transaction suivante :

  • le btc #123 est donné par la personne #56 à la personne #87

Eh bien on va inventer un équation qui prend tous ces nombres, par exemple :

  • Trouvez les x tels que : 123x²+56x+87 = 0
Hum, un peu trop facile, me direz-vous ? C'est vrai, essayons plutôt de valider un bloc de 3 transactions d'un coup :

  • le btc #123 est donné par #56 à #87
  • le btc #456 est donné par #5 à #8
  • le btc #789 est donné par #44 à #91
Le défi devient alors :


  • Trouvez les x tels que : (123x²+56x+87)(456x²+5x+8)(789x²+44x+91)= 0

Ah, là on a une équation qui peut bien prendre 10 minutes.. Par contre, il est très simple de vérifier si vous avez bien trouvé la réponse : il suffit de remplacer x par la solution proposée et en quelques additions et multiplications, vous pouvez vérifier si la réponse est bonne !
..en fait on parle de 700 transactions dans un seul bloc !
C'est sur cette asymétrie fondamentale que repose le bitcoin (difficile de trouver la réponse, mais très facile de la vérifier). Celui qui donne la réponse est donc autorisé à ajouter les 3 transactions en question dans la chaîne. Vous noterez au passage que comme les paramètres des transactions servent à définir l'équation, il était impossible faire le calcul d'avance.

Du coup, pour pouvoir imposer sa "réalité" au reste du monde, c'est-à-dire introduire une transaction frauduleuse dans la chaîne, il faut, en gros, disposer d'une capacité de calcul supérieure à tous les autres ordinateurs qui travaillent à valider des transactions. Ce qui est de plus en plus difficile à mesure que le nombre d'ordinateurs entrant dans la danse augmente.
A partir d'avril 2014 commencent à poindre les premiers blocs rejetés
(soit parce que quelqu'un de bien intentionné a continué de valider un bloc qui avait déjà été validé par ailleurs, soit parce que quelqu'un de mal intentionné a essayé de pousser des blocs frauduleux)

Quelques remarques pour conclure afin de nourrir vos diners en ville :

Le Grand Livre "blockchain" n'est pas crypté.
Il est parfaitement en clair, de la crypto y'en a juste un peu aux abords du système pour l'authentification des agents. Bien entendu, si vous donnez à quelqu'un le fichier contenant votre identifiant il pourra disposer de votre argent... et si vous perdez ce fichier, eh bien les bitcoins sont perdus à jamais coincés dans un compte dont on a perdu la clef ! Non, il n'existe pas de Grand Administrateur Général à qui vous pouvez demander de recevoir un nouveau mot de passe par email ... Bien sur, il existe des sociétés qui vous garderont ce fichier dans un coffre virtuel, protégé par un mot de passe qu'ils pourront vous renouveler. Mais vous avez alors là ré-introduit un tiers de confiance...

Big is beautiful
Le système repose sur le fait qu'un seul agent économique ne peut pas réunir sous son contrôle plus de la moitié de la puissance de calcul totale. Bonne chance donc à tous ceux qui voudront lancer un autre système basé sur la même technologie car au lancement vous êtes très vulnérable. Et plus vous imaginez des transactions rares, plus cela prendra de temps d'atteindre la masse critique. Par exemple si vous décidez de consigner dans un Grand Livre ouvert, une blockchain, tous les contrats que des agents économiques se passent l'un à l'autre, atteindre le millioniène contrat prendra beaucoup plus d'acteurs et de temps qu'il a fallu pour atteindre la millionnième transaction financière. On s'échange plus souvent de l'argent que des contrats.

Comment faire la distribution initiale des bitcoins ?
Idée originale : donnons-les à ceux qui travaillent à faire vivre le système ! Lorsque vous validez un bloc de transactions, pour vous remercier de cet effort, on vous attribue 50 bitcoins. Tous ceux qui travaillaient sur la même validation arrêtent alors leur calcul, et, bien entendu, ne reçoivent rien.
C'est ce qu'on appelle "miner du bitcoin", image finalement assez mauvaise pour dire "valider les transactions en bitcoin de tierces personnes". Ce système s'arrêtera bien entendu une fois que les 21 millions de bitcoin auront été distribués. Il faudra alors, pour inciter les mineurs à continuer de valider des transactions, leur payer des frais de virement. Nous en somme aujourd'hui à environ 14 millions de bitcoins distribués et on estime qu'ils seront quasiment tous distribués vers 2030.

Le délai d'une dizaine de minutes pour valider une transaction est là pour rester.
Le protocole tient compte de l'avancée de la technologie et rend les validation plus complexes au fur et à mesure. C'est dans l'ADN système, ne pas espérer que la loi de Moore va raccourcir ce délai.
Evolution de la difficulté de la validation avec le temps
On peut mettre bien sûr imaginer des intermédiaires locaux qui accélèrent les transactions en acceptant de porter le risque afférent pendant les 10 minutes d'attente. Ces intermédiaires étant, de fait, des tiers de confiance, on retrouve ce que justement bitcoin est conçu pour éviter. Pour éviter les 10 minutes, vous vous en êtes remis à une solution centralisée, adossée à bitcoin, certes, mais bien centralisée.

Le point de vue énergétique
Pour chaque transaction candidate, plusieurs machines sont en concurrence pour la valider, mais une seul sort gagnante. Il en ressort un gaspillage de puissance de calcul, et donc d'énergie, qui croit à mesure que l'écosystème grandit. Ce coût énergétique est le prix à payer pour pouvoir effectuer des transactions entre personnes qui :
  1. ne se font pas confiance l'une envers l'autre, ET
  2. n'ont pas toutes deux confiance dans une entité commune qui puisse garantir la transaction (comme un gouvernement ou une multinationale), ET
  3. n'ont pas le temps ou les moyens d'apprendre à se connaître et se faire confiance petit à petit (avec un premier échange peu risqué, puis en allant crescendo).
Si les trois conditions sont remplies, alors bitcoin est bien pratique, et le prix énergétique de la transaction peut se justifier.
Dans tous les autres cas, la solution avec un tiers de confiance sera, par construction, moins coûteuse (ne nous laissons pas berner par le prix actuel d'un virement bancaire ou d'une transaction CB, ce sont des prix marché, pas des coûts...). Et si l'on est prêt à penser que sur le long terme, ce qui est moins coûteux à produire sera moins onéreux à acheter, les transactions avec confiance restent promises à un bel avenir. Pour ma baguette chez mon boulanger qui me dit bonjour tous les matins, quel sens cela pourrait avoir de mettre au travail des dizaines d'ordinateurs éparpillés sur la planète à faire une course de résolution polynômiale pour valider la transaction ? On se connait bien assez pour ne pas avoir besoin de ça !
La force de Bitcoin est donc de rendre possible des transactions financières (flux marchand) totalement dénuées de flux non marchands : pas de sentiments, pas de connaissance, et surtout ... aucune confiance ! C'est un aboutissement dans la recherche d'isolation des flux que Frederick Taylor à initié avec l'Organisation Scientifique du Travail.
J'ose espérer que nous n'aurons pas trop besoin, à l'avenir, d'effectuer des transactions dénuées de toute confiance. C'est tellement plus agréable de se serrer la main au coeur d'une transaction #H2H !

ET LA SURPRISE : en fait, les btc ne sont PAS numérotés avec un identifiant unique comme les billets de banque... c'est juste pour faciliter le propos que j'ai nommé notre bitcoin #123, le héros de nos aventures. Quand vous dites "Je donne un bitcoin à Bob", comme on a dans le Grand Livre tout l'historique de combien vous en avez gagné et dépensés dans le passé, tout le monde peut s'assurer que votre compte est créditeur, sans avoir besoin de savoir de quelle opération vient précisément ce bitcoin que vous dépensez.

Nota Bene : Cet article n'aurait pas vu le jour sans les explications patientes et passionantes de Gregschlom ! S'il vous a plu, faites-lui part de votre reconnaissance en participant à son crowdfunding de champignon magique pour Burning Man 2015 !